La bannière

C’est Anthony qui a fait la belle bannière de Monde meilleur, avec, de gauche à droite, à côté de votre humble servitrice, plein de gens que j’aime bien : le Dalai Lama, un des rares religieux gai (attention, pour les égarés de l’orthographe, je n’ai pas dit « gay »), preuve s’il en fût que spiritualité ne rime pas forcément avec ennui ou obscurantisme religieux;  Tina Turner, pour l’énergie et parce qu'à 60 ans, elle est encore un sexe symbol; Eva Joly, pour le courage, cette juge qui s’attaque aux invulnérables et à la corruption qui gangrène notre monde; Didier Lockwood, violoniste de jazz de génie, pour l’amour de la musique; Laurence Foresti, pour l’intelligence de l’autodérision; Woody Allen dont j’aime même les mauvais films; Martin Luther King, pour la détermination; Christophe André, psychiatre et écrivain, qui nous a offert ce livre superbe : « Imparfaits, libres et heureux » et enfin Simone Veil pour le sens des responsabilités, elle, qui presque seule contre une assemblée d’hommes conservateurs, avait arraché la loi sur l’avortement.

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Quel jour on est

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Lundi 28 avril 2008

Ah la responsabilité de l’Occident sur la pauvreté dans ce qu’on appelait autrefois les pays en voie de développement et qu’on appelle aujourd’hui les pays émergeants (enfin, pas tous émergeants justement) ! comment elle les a volé, comment elle s’est servie de leurs terres pour ses propres besoins, comment elle a imposé un développement inadéquat dans des cultures qu’elle ne comprenait pas. La Chine et l’Inde ont admirablement compris la leçon et l’élève dépassant le maître, appliquent à la lettre pour leurs plus grands profits, des principes économiques de base sur lesquels nous-mêmes aujourd’hui nous interrogeons. Parce que nous avons fait le tour du progrès en matière de capitalisme et que nous commençons à en être les victimes, peut-être ? Parce que nous avons perdu le leadership ? Parce qu’est né de tout çà une espèce de monstre appelé capitalisme financier débridé dont le contrôle nous échappe de plus en plus ? Ironie de l’histoire, les pays émergeants exploitent avec la même verve que les pays industrialisés du début du 20ème siècle ceux qu’on n’ose même plus appeler en voie de développement parce que ce qui était une voie est devenu une impasse. Ainsi la Chine fait travailler sans états d’âme des africains 10 à 12 heures par jour sept jours par semaine pour faire exploser son taux de croissance. On en viendrait presque à regretter le paternalisme du capitalisme débutant où le patron avait encore un semblant de conscience. Sans parler du dommage écologique. Un (très maigre) avantage à cette histoire : sans vouloir minimiser les méfaits de la colonisation, on voit bien là qu’il n’y a pas d’un côté les méchants colonisateurs occidentaux et les gentils colonisés colorés, si tant est qu’on le croyait encore.

D’ailleurs, comme très souvent, tout cela partait en général d’un très bon sentiment : on voulait leur donner les moyens de développement qu’ils n’avaient pas. On voulait lutter contre la pauvreté par l’économie (quand j’entends « éradiquer » la pauvreté, çà me fait bondir, la violence des mots entraînant souvent des violences de situations). Ce faisant, et c’est là le plus triste de l’histoire, on ne s’est pas rendu compte qu’on les dépossédait d’eux-mêmes. Pauvres ils étaient certes, mais tant bien que mal, ils mangeaient et ils avaient ce qui est essentiel à l’être humain après la nourriture, la liberté et le respect de soi. Non seulement ils sont aujourd’hui privés de l’essentiel, mais ils sont devenus des sous-prolétariats urbains. En même temps, et ce n’est certes pas une consolation, se développe aux USA et dans certaines villes européennes, la formation d’un prolétariat de « riches » qui n’existait pas avant et que les crises financières ont fait descendre de la marche de la classe moyenne.

Après çà on s’étonne du succès de « Bienvenu chez les Ch’tis » ! Mais ce film passe le baume du respect de l’identité culturelle à tous ceux qui se sentent engloutis à tort ou à raison par une mondialisation aveugle, comment peut-on en être surpris… alors dans tout ce pataquès où les frontières bougent, où les riches redeviennent pauvres, où les très très riches perdent pied avec la réalité, où les dirigeants politiques sont à la merci d’acteurs financiers, où les pauvres vont piller les magasins, comme un vent de bouleversements profonds où peut se créer un nouveau mouvement mondial, celui de la défense des SIF (les Sans Identités Fixes), qui lorsqu’ils se rendront compte qu’ils n’ont plus rien à perdre, viendront frapper à la porte d’une nouvelle civilisation où on l’on retrouvera à nouveau la liberté et le respect de soi. (Amen… non là je me suis un peu emballée, mais bon)

Nos enfants en seront capables, soyons-en sûrs (là je rigole plus).

par Carmen Molina publié dans : Mutation anthropologique
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Mardi 15 avril 2008
Je ne suis pas le genre de personne à culpabiliser pour le reste de la terre et d’ailleurs la culpabilisation du nord pour le sud, de l’occident pour l’orient, des riches pour les pauvres, là je vais même être un peu provocatrice… çà me barbe et c’est pour moi complètement improductif par-dessus le marché. La culpabilisation n’est pas une denrée comestible pour ceux qui ont faim mais le sens aigu des réalités et la générosité, oui. Je me considère comme privilégiée, même dans mon propre pays – certes loin des hyper-privilèges qui remplissent nos journaux en ce moment et que d’ailleurs je n’envie pas une seconde pour la perte de la tranquillité d’esprit que cela entraînerait et parce que l’argent que j’ai, j’ai beau calculer comme la majorité d’entre nous mais… çà me suffit ! J’ai un job stable correctement payé, mais même si je suis loin de considérer qu’on n’a que ce qu’on mérite, je sais que ce que j’ai c’est à la force des poignées que je l’ai obtenu et donc je ne me sens pas coupable de l’avoir. En tant que privilégiée pourtant, je considère que j’ai des devoirs. Pas des devoirs de distribuer forcément ce que je possède à la ronde même si je donne quand je peux de ma façon à moi…. mais une responsabilité dont ce blog d’ailleurs fait partie, celle de répandre une parole de citoyen responsable pour aider à protéger les plus faibles, celle de voter pour qui pourrait me sembler le moins massacrer ce monde (mon Dieu j’y crois de moins en moins en ce pouvoir là, mais bon…), celle d’éduquer mes enfants au sens du partage. Tout çà bien sûr, ne faisons pas un tableau trop idyllique, (j’aurais trop de demandes de mariages… non je rigole !) avec aussi ma part d’égoïsme à moi. Enfin bref, malgré tout çà, à peu près bien dans mes baskets, à ma place donc, dans la société où je vis, quand j’entends qu’il y a ici et là dans le monde, comme vous avez du l’entendre aussi, des gens en ce moment qui commencent  à piller les magasins  parce qu’ils n’ont plus de quoi acheter à manger, là j’avoue, je me sens pas bien. Bien sûr, ne cédant pas à la toute-puissance qui me porterait à croire que c’est de ma faute (çà serait trop beau ! çà voudrait dire que çà pourrait se corriger facilement !), je me dis qu’elle est ma part de responsabilité là-dedans ? Qu’est-ce que je devrais faire de plus que ce que je fais ? Vous avez une idée, vous ? Bien sûr aussi, je suis comme tout le monde, j’y pense.. et puis j’oublie me disant que si je vais mal par rapport à çà, çà va pas arranger leurs affaires à ceux qui ne peuvent plus acheter leur pain. Mais bon c’est comme çà, aujourd’hui, j’ai des états d’âme…
par Carmen Molina publié dans : Mutation anthropologique
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Jeudi 10 avril 2008

C’était bouleversant les petits moines tibétains à la télé l’autre jour gesticulant dans un pathétique appel au secours devant les caméras étrangères, se sachant hors de portée de vue des chinois, puis l’image d’après, assis tout sages dans le temple, cette fois-ci vus par eux, calmes et posés avec la puissance de parole de leur regard qui disait tout. Ce que tu fais parle plus fort que ce que tu dis. Sarkozy n’a pas encore compris çà qui a menacé de ne pas assister à la cérémonie d’ouverture… c’est sûr que les chinois vont être très impressionnés ! le gouvernement français invite à la négociation… bon ben tout va bien alors. Choqués nous sommes par ces images alors même que chez nous les drapeaux tibétains sont confisqués. Mais aujourd’hui le dérisoire de l’histoire est trop fort et les réflexions politiques me semblent à ce stade hors de propos. Ce qui me vient à l’esprit et me semble plus approprié en repensant à ces images c’est un texte que j’ai lu dans le livre « Chagrin d’école » de Daniel Pennac qui cite lui-même Cohen (Le livre de ma mère) :

Mais pourquoi les hommes sont-ils méchants ?Pourquoi sont-ils si vite haineux, hargneux ?Pourquoi adorent-ils se venger, dire du mal de vous, eux qui vont bientôt mourir les pauvres ?Que cette horrible aventure des humains qui arrivent sur cette terre, rient, bougent, puis soudain ne bougent plus ne les rende pas bons, c’est incroyable.

Incroyable, vraiment.

par Carmen Molina publié dans : Le coin des citations
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Mercredi 26 mars 2008

« Il est dans la nature humaine de penser sagement et d’agir de façon absurde » Anatole France

Je pensais à la corrida récemment en voyant une émission sur Arles et la saison des corridas qui recommence avec son cortège de protestations de la part des anti-corridas. Qui pourrait d’ailleurs ne pas leur donner raison à la vue de ces taureaux empalés par des épées meurtrières… ces taureaux mis à mort par la frêle puissance de toreros presque encore pubères (19 ans le dernier « champion du monde », à vue d’œil 60 kilos tout mouillé)… ces taureaux acteurs de traditions ancestrales qui ont la part belle dans les livres d’Hemingway… ces taureaux qui… ces taureaux que… quelles lunettes mettre à partir du moment où on est seul avec sa conscience, sans la condamnation du politiquement correct du jour ni la rébellion qu’elle va susciter immanquablement, simplement de soi à soi  ? et si la pensée raisonnable de protéger l’animal entraînait dans son sillage une action qui par un effet papillon à l’envers participerait à la mise à mort de traditions qui pour archaïques qu’elles soient agissent sur l’équilibre psychique de notre société, au combien fragile mais indispensable à la cohésion de notre groupe social ? et si le remède était pire que le mal ? et si, de principes de précaution en positionnements cartésiens, de protections en protections, de peurs en peurs, on était en train de jeter le bébé avec l’eau du bain ?

Je fais partie à la fois de ceux que la souffrance animale bouleverse et que la vue de la force du plus fort exercée sur le plus faible fait sortir de ses gongs. Mais la dérive d’une société sans attaches m’inquiète encore davantage. Par-dessus le marché, les critiques de ma position qui consisteraient à dire que l’excision fait partie des traditions et qu’il faut quand même en arrêter la pratique me touchent parce qu’elles ont là un argument qui fait mouche. 

En conclusion donc, je ne sais pas. Je n’ai pas de réponse à toutes ces questions mais d’une chose je suis sûre : l’esprit humain chez les hommes et femmes civilisés que nous sommes est fait aussi de choses archaïques qui ont besoin de trouver des canaux d’expression et qui sont présentes en chacun de nous (oui, en chacun de nous) et si elles ne peuvent s’exprimer par des rites et des traditions, comme pour l’eau avec le principe d’Archimède – pour les néophytes, çà veut dire que l’eau compressée dans un endroit va rejaillir ailleurs -, çà va ressortir ailleurs, et de façon beaucoup plus violente. Quand, comment ? N’est-ce pas d’ailleurs déjà le cas dans certains endroits de la planète ? En tout cas c’est une question qu’il est urgent de se poser. Esquiver le débat en propulsant des « évidences » qui couperait court à toutes discussions me paraît beaucoup plus dangereux que céder à ce qui n’a peut-être que l’apparence de la sagesse.

par Carmen Molina publié dans : Mutation anthropologique
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Samedi 15 mars 2008

Extrait du livre de Serge Ginger : Psychothérapie : 100 réponses pour en finir avec les idées reçues Ed Dunod, qu'entre parenthèse je recommande vivement à tous celles et ceux qui désirent suivre ou suivent déjà une psychothérapie... et d'ailleurs à celles et ceux qui n'ont pas l'intention d'en suivre, c'est à dire à tout le monde.
On connaît les résultats surprenants d'une vaste enquête scientifique entreprise, il y a quelques années, sur l'analyse des comportements sexuels en France (rapport ACSF au ministère de la recherche, par Alfred Spira, 1993) : 90% des filles et 93% des garçons ont eu des rapports sexuels avant le mariage. Ce nombre est identique chez les jeunes catholiques pratiquants, malgré les mises en garde régulières du clergé - dont l'impact s'avère donc insignifiant -. Un seul comportement est affecté par les convictions religieuses : la masturbation féminine. Parmi les filles accordant beaucoup d'importance à la religion, 65% affirment ne s'être jamais masturbées, contre 34% des non pratiquantes (mais 20% seulement des garçons pratiquants). Résultat paradoxal de cet interdit religieux : moins éveillées sexuellement, les jeunes filles catholiques pratiquantes éprouvent moins de plaisir au cours de leurs rapports, d'où insatisfaction des deux partenaires... et séparations plus fréquentes ! L'effet pervers de l'inhibition sexuelle entraîne ainsi, de manière inattendue, une instabilité chez les couples, nettement supérieure chez catholiques que chez les non pratiquants !

par Carmen Molina publié dans : Le coin psy
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Lundi 10 mars 2008

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par Carmen Molina publié dans : Les blagues
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Mercredi 5 mars 2008
Suite et fin de notre série d’articles sur le sujet « Le bonheur peut-il être apporté par la science », dossier préparé par le magazine « Sciences et avenir » au sujet de l’utilisation des psychotropes. Au passage la France est le pays européen le plus gros utilisateur de ce genre de médicaments. A méditer.
Voici donc l’avis du psychanalyste et maître de conférence à Paris VIII, Pierre-Gilles Gueguen :
Richard Davidson, neuroscientifique américain, a réussi à détecter des régions du cerveau plus actives lorsqu’on est heureux. Il pense donc être en mesure de déclarer que dans tel cerveau il y a bonheur et même de l’évaluer. Et il en déduit que cet état cérébral peut être généré par des exercices. C’est… une imposture. Certes, des zones se modifient dans le cerveau lorsque l’on est heureux, mais cela ne dit rien de la nature même de l’émotion. Les êtres humains sont façonnés par le langage, les affects, l’amour, éminemment subjectifs. Comment imaginer que l’on peut évaluer, mesurer cette subjectivité ? S’estimer satisfait dépend de l’histoire de chacun, il n’existe pas de méthode universelle pour que notre cerveau devienne heureux.
Cette théorie naïve a pourtant inspiré un économiste britannique renommé, Richard Layard, auteur du « Prix du bonheur », qui a proposé à son gouvernement de « mesurer le bonheur » de ses concitoyens et d’en faire l’objectif d’un plan qui apporterait des remèdes tant sur la fiscalité que sur l’éducation et les soins. Son premier challenge est de vaincre la dépression. C’est un fléau parce qu’il y a un risque suicidaire, mais aussi économique. Pour Layard, la forme de thérapie la mieux adaptée est la thérapie cognitivo-comportementale (TCC) qui promeut la pensée positive (NDLR : TCC = thérapies à court terme qui ont pour objet de changer les comportements plutôt que la personne dans sa globalité et qui marchent très bien sur certaines pathologies qui se manifestent par des comportements compulsifs). Son plan propose donc de former, dans les 5 ans à venir, 10 000 thérapeutes pour fournir 10 séances de TCC par patient. L’objectif étant fixé à 900 000 traitements par an. Comme on le voit, il s’agit de faire de la psychothérapie un marché soumis à des normes de rentabilité et de standardisation avec un « contrôle qualité » et une évaluation en fin de traitement. Le projet a été validé et budgété pour 2008 à 30 millions de livres sterling. Layard, qui a le vent en poupe, veut à présent imposer des cours de « bien-être » dans les écoles…
Je ne suis pas pour laisser les gens souffrir et je suis favorable à un usage précis des antidépresseurs, mais cette histoire britannique, qui me rappelle l’actuelle campagne anti-dépression française est aberrante. Vouloir le bonheur pour tout le monde, à coup de traitements et de TCC, c’est loger tous les individus à la même enseigne, ne pas considérer l’histoire de chacun. C’est de la bureaucratie managériale pour réduire les coûts, un néo-paternalisme fondé sur l’obligation douce au soin. Est-ce au gouvernement de savoir ce qui est bon pour moi ? De vérifier que j’agis de la bonne façon pour être heureux ? De tels plans contribuent à mettre en place une idéologie rationalisante dangereuse qui finit par se substituer au jugement individuel et au choix. Ce que l’on propose, par la psychanalyse, est tout autre : trouver quel état de satisfaction nous convient, quel désir nous correspond. Remettre en question sa vie. C’est une thérapie sur mesure, pas un protocole.
par Carmen Molina publié dans : Le coin psy
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Lundi 3 mars 2008
Deuxième volet de la réflexion sur le bonheur, vu cette fois par Jean-Didier Vincent, neurobiologiste (je rappelle que cet article comme le précédent sur ce sujet fait partie d’un dossier sur la dépression qui est paru dans le dernier magazine de Science et Avenir).
Non, la science, la médecine ne peuvent et ne doivent pas prendre en charge tout le mal-être des citoyens ! Mon diagnostic c’est que la France est dans un état maniaco-dépressif qui touche toutes les couches de la société, avec des phases d’excitation extrêmes et des phases de dégoût pour le travail, d’impuissance à vivre, un sentiment plus ou moins global de culpabilité, qui lui fait rechercher des boucs émissaires. Elle fonctionne mal car elle n’a plus de désir. Les plus riches sont accablés de stimuli, de sollicitations qui finissent par les désensibiliser. Exactement comme les plus pauvres qui n’ont rien à manger. Notre société n’est pas vertueuse. Elle prône un faux bonheur, une pure illusion : il suffit de satisfaire le manque, le besoin, pour que tout s’arrange. Mais comme ce manque est sans fin, on est de plus en plus frustré, de plus en plus triste et on finit par tomber en dépression. Alors nos gouvernants, intoxiqués par la pub, les sondages, au lieu d’essayer de changer la société, lance une campagne nationale : si vous êtes déprimé, allez voir le médecin ! C’est comme pour la sexualité. On vous dit « faites l’amour trois fois par semaine » et si vous ne pouvez pas, le médecin peut faire quelque chose pour vous. Bref, on vous donne un médicament au lieu de restaurer le désir… Le moteur principal de notre cerveau, son élan vital pour supporter la relation au monde est le désir, le désir d’agir. Ce sont mes affects qui dirigent mes actes et non le contraire. Je ne suis pas de bonne humeur parce que j’ai fait une bonne action mais j’ai fait une bonne action parce que j’étais de bonne humeur.
Pour que notre société soit plus heureuse, il faut donc que chaque individu cherche ce qu’il désire vraiment. Le respect des autres viendra de soi. La médecine n’a rien à voir là-dedans. Cultivons notre affect et nos actes suivront. Faites des fêtes de quartier, parlez à vos voisins, évitez de vous mettre en colère. Une bonne politique de santé psychique, c’est de restaurer un environnement dans lequel on se sent entouré, dans lequel l’individu puisse développer sa personnalité, dès le plus jeune âge.
Et si un individu est vraiment déprimé, qu’il aille voir un « bon » psychiatre (il en existe !) C'est-à-dire celui qui écoute son malade, qui le regarde vivre, marcher, observe ses postures. Il mettra alors peut-être en place un traitement médicamenteux, mais aussi une relation médecin-malade cruciale. Car la valeur du médicament est liée au médecin. Vous ne soignerez jamais une dépression en achetant des antidépresseurs dans un distributeur.
par Carmen Molina publié dans : Le coin psy
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Vendredi 29 février 2008
Pour clore le chapitre sur la sérotonine et la dopamine, je vous retransmet un article passionnant que j’ai lu dans la revue "Sciences et avenir" de février 2008 sur le sujet : Le bonheur peut-il être apporté par la science ? Cet article était publié dans le cadre d'un dossier sur la dépression.
Trois auteurs/scientifiques y ont répondu, voici la réponse de André Comte-Sponville, philosophe, je vous ferai part de la réponse des 2 autres auteurs plus tard (ben oui, un peu de suspens, quand même...) :
Oui, c’est bien là le problème ! Le bonheur est aussi un état cérébral qui, comme tout objet, peut s’étudier avec des outils scientifiques, voire être produit par eux. Dans le futur, on en saura tellement sur le cerveau, on aura des moyens d’intervention tellement fins, qu’il pourra suffire q’une manipulation ou d’un médicament pour que quelqu’un d’atrocement malheureux, par exemple parce qu’il a perdu son enfant, devienne heureux. Est-on sûr que ce sera un progrès ? Quelle limite entre le soin et la manipulation, entre la médication et le dopage ? Dans 50 ans, on peut imaginer que les êtres humains avaleront chaque matin une pilule pour améliorer leur libido, une autre pour leur moral, une autre contre l’angoisse. Ils seront sûrement plus heureux que nous. Mais est-ce cela que nous cherchons ?
La vraie question est : que veut-on ? Un bonheur qui ait des causes (cérébrales, médicamenteuses) sans rapport avec la réalité de ce qu’on vit, ou bien un bonheur qui ait des raisons, qui se joue dans un certain rapport à la vérité ? C’est un enjeu important. Ne comptons pas sur le progrès des sciences pour remplacer la liberté de l’esprit, ni pour tenir lieu de ce que les Grecs appelaient la sagesse, qui est le bonheur dans la vérité.
Le risque, c’est d’avoir une humanité qui aura oublié l’essentiel. Le but de la vie, ce n’est pas le bien-être ou le bonheur, dans le sens d’une euphorie béate. C’est la limite de l’hédonisme. Le plaisir ne suffit pas. Le bonheur ne suffit pas. Le but d’une vie humaine, c’est davantage d’amour, de courage, de lucidité, de vérité. Mieux vaut une vraie tristesse qu’une fausse joie.
Attention, je ne dis pas que les antidépresseurs sont inutiles ! La dépression est une maladie atroce, qui se soigne et c’est tant mieux. On ne dira jamais assez de bien des psychotropes, lorsqu’ils sont bien utilisés. Mais la dépression et le malheur sont deux choses différentes. L’une est un état pathologique, l’autre est un état normal. Beaucoup de gens se disent déprimés alors qu’ils sont seulement malheureux. L’inverse arrive aussi. Le problème c’est que plus les médicaments s’améliorent, plus la limite entre le normal et le pathologique, donc entre le médicament et le dopage, devient floue. Tout antidépresseur peut devenir un dopant de la bonne humeur. Où s’arrêtera-t-on ? Jusqu’où doit-on aller dans la médication ? Doit-on prendre une pilule dès qu’un malheur survient ? « La psychanalyse, disait Freud, cela ne sert pas à être heureux, cela sert à passer une souffrance névrotique à un malheur banal ». C’est un considérable progrès. Il me semble qu’on pourrait demander la même chose aux neurosciences : qu’elles nous fassent passer d’un état pathologique, qui nous enferme, à un « malheur banal », dans lequel on peut prendre sa vie en main, se battre, enfin essayer d’être un peu plus heureux, ou un peu moins malheureux. Cela vaut mieux qu’un bonheur artificiel qu’on ne devrait qu’aux médecins !
par Carmen Molina publié dans : Le coin psy
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Mardi 26 février 2008
Ceux qui viennent de temps en temps auront remarqué que le blog a un peu abandonné Nicolas ces derniers temps et que çà a commencé au moment de la baisse de sa popularité. Il est passé d’un seul coup de la gloire au cachot, et je trouve que l’un et l’autre sont excessifs. Je voulais bien crier au loup quand il arrivait déguisé comme le petit chaperon rouge, mais est-il besoin de s’y mettre après à plusieurs pour le rouer de coups ? N’est-ce pas les deux côtés d’une même pièce, celle de la méconnaissance ? Un jugement en bonne et due forme ne serait-il pas mieux ? Et si on l'abat est ce qu'on n'est pas en train d'utiliser ses propres méthodes ?
Aujourd’hui, je me suis amusée à essayer de démêler le vrai du faux, voilà ce que j’ai trouvé :
OUI Nicolas est responsable de ce qui lui arrive, c’est lui qui a mis le ver dans le fruit
Et en même temps, OUI une certaine presse va trop loin dans son acharnement
NON Nicolas n’est pas responsable de tous les maux de la France
Et en même temps, OUI de l’avoir élu çà va empirer les choses
OUI il attise ce que nos grand’parents appelaient « les bas instincts » : garder les prisonniers en prison après qu’ils aient purgé leur peine, faire des quotas de reconduites aux frontières
OUI il nous fait faire des pas en arrière : faire revenir l’église là où elle n’a pas sa place
OUI la vie privée du président doit rester privée
Mais aussi, OUI les temps ont changé et moins d’hypocrisie çà ne fait pas de mal non plus
OUI il gouverne à coups de symboles et la gouvernance est au contraire une longue suite d’ajustements pratiques des événements à la réalité
Mais aussi OUI les symboles, si on n'en abuse pas, c'est important
NON il ne fait pas que des conneries : le retour aux fondamentaux à l’école aurait du être fait depuis longtemps, apprendre la physique à un enfant qui ne possède pas encore bien l’apprentissage du langage à l’écrit et à l’oral c’est pas top.
Je vous laisse continuer la liste…
par Carmen Molina publié dans : Petits clichés entre amis
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Mais où suis-je ?

Vous trouverez ici des articles qui sont des fois de l’ordre du coup de gueule du citoyen, des fois de l’ordre de la réflexion sur le développement personnel, des fois juste… des blagues pour rire. J’ai retrouvé dans « Imparfaits, libres et heureux » (Christophe André, Ed Odile Jacob) le lien qui existe entre le travail sur soi et la prise de responsabilité de notre personne sociale pour améliorer notre environnement au sens large; c’est ce que décrit l’auteur comme « l’effet papillon », je cite : Cette théorie qui explique qu’un petit battement d’aile à un bout du globe peut, de proche en proche, provoquer une tornade à l’autre extrémité de la planète. Ainsi, se changer aide les autres à changer. Il existe par exemple une contagion sociale des émotions, aussi bien négatives que positives.

Ceux qui ont changé le monde étaient d’abord des personnes qui avaient acquis (je ne crois pas que çà vienne du ciel, malheureusement, même s’il y a des « terrains favorables ») une éthique personnelle qu’ils ont appliquée et qui s’est répandue, comme une contagion positive. J’ai cette croyance que changer le monde, c’est d’abord travailler sur soi, modestement, pas à pas, faire en sorte que nos paroles correspondent petit à petit à nos pensées et à nos actes, chacun à notre niveau. Ce n’est pas le vote, une fois tous les 2, 3, 4 ou x années qui va le faire changer, le monde. Mais il ne s’agit pas non plus de se crisper là-dessus : le recul de l’humour est indispensable, l’oubli, des fois, de soi aussi, et toujours, le rappel de la beauté du monde, je donne comme illustration une citation de Hugo Von Hofmannstahl qui apparaît aussi dans le livre cité plus haut : Il allait par la campagne au milieu des champs, jeune garçon de seize ans, quand il leva son regard et vit un cortège de hérons blancs traverser le ciel à grande altitude : et rien d’autre, rien que la blancheur des créatures vivantes ramant sur le ciel bleu, rien que ces deux couleurs l’une contre l’autre ; cet ineffable sentiment de l’éternité pénétra à l’instant dans son âme et détacha ce qui était lié, lia ce qui était attaché, au point qu’il tomba comme mort ».

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QUAND

Quand nous pourrons voir le monde, mes frères, avec d’autres regards que  les nôtres seulement…

Quand nous ne serons plus troublés que nos aînés, quelquefois, soient à nouveau  des enfants effrayés ou perdus, et que nous leur pardonnerons d’être ce qu’ils sont…

Quand nous accepterons que ce que nous désirons ne nous soit pas dû et que les  responsabilités aillent avec les privilèges…

Quand nous saurons dire « assez »…

Si, dans le doute, nous vérifions d’abord et ne répondons plus nous-mêmes  à nos interrogations…

Quand, ayant fait litière des préjugés et fait le deuil aussi des illusions de l’enfance,  nous saurons lâcher prise, faire de notre inconscient un allié et nous confier au ruissellement du temps…

Quand librement nous accorderons pensées, paroles et sentiments…

Quand, sans faillir à notre loyauté, nous traquerons le secret et que finalement nous saurons appartenir en étant différents…

Quand nous chercherons le sens avant même le confort et que dans les revers et les infortunes nous nous mettrons en quête du cadeau qui s’y trouve caché…

Quand nous nous intéresserons, mes frères, au trajet autant qu’à la destination…

Quand avec les amis, les enfants, les patients, nous partagerons avec tendresse et avec tolérance notre temps, nos soins, notre attention et aussi le savoir et le savoir-faire que nous avons acquis…

Quand, acceptant notre différence, sans en faire des rivaux, nous verrons partout chez les humains nos frères et nos sœurs de toute éternité…

Quand nous serons vivants au lieu d’exister seulement, quand nous serons aimants au lieu de convoiter, et aussi désirants sans chercher forcément à satisfaire nos désirs ; croyants, enfin, au lieu d’avoir croyance, alors mes frères, nous pourrons passer les quatre dernières portes : lâcher le besoin d’être protégés, laisser la toute puissance, rompre sans ressentir la crainte le nœud d’identité et finalement désentraver notre âme retenue dans l’espace et le temps ordinaires… 

Alors, mes frères, ayant ouvert notre cœur, nous serons citoyens de ce monde et pourrons l’heure venue, lumineux, sereins, plonger dans l’univers.

Alain Crespelle

Terminé à Jérusalem le 3 juin 1995

 

 

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