Ah la responsabilité de l’Occident sur la pauvreté dans ce qu’on appelait autrefois les pays en voie de développement et qu’on appelle aujourd’hui les pays émergeants (enfin, pas tous émergeants justement) ! comment elle les a volé, comment elle s’est servie de leurs terres pour ses propres besoins, comment elle a imposé un développement inadéquat dans des cultures qu’elle ne comprenait pas. La Chine et l’Inde ont admirablement compris la leçon et l’élève dépassant le maître, appliquent à la lettre pour leurs plus grands profits, des principes économiques de base sur lesquels nous-mêmes aujourd’hui nous interrogeons. Parce que nous avons fait le tour du progrès en matière de capitalisme et que nous commençons à en être les victimes, peut-être ? Parce que nous avons perdu le leadership ? Parce qu’est né de tout çà une espèce de monstre appelé capitalisme financier débridé dont le contrôle nous échappe de plus en plus ? Ironie de l’histoire, les pays émergeants exploitent avec la même verve que les pays industrialisés du début du 20ème siècle ceux qu’on n’ose même plus appeler en voie de développement parce que ce qui était une voie est devenu une impasse. Ainsi la Chine fait travailler sans états d’âme des africains 10 à 12 heures par jour sept jours par semaine pour faire exploser son taux de croissance. On en viendrait presque à regretter le paternalisme du capitalisme débutant où le patron avait encore un semblant de conscience. Sans parler du dommage écologique. Un (très maigre) avantage à cette histoire : sans vouloir minimiser les méfaits de la colonisation, on voit bien là qu’il n’y a pas d’un côté les méchants colonisateurs occidentaux et les gentils colonisés colorés, si tant est qu’on le croyait encore.
D’ailleurs, comme très souvent, tout cela partait en général d’un très bon sentiment : on voulait leur donner les moyens de développement qu’ils n’avaient pas. On voulait lutter contre la pauvreté par l’économie (quand j’entends « éradiquer » la pauvreté, çà me fait bondir, la violence des mots entraînant souvent des violences de situations). Ce faisant, et c’est là le plus triste de l’histoire, on ne s’est pas rendu compte qu’on les dépossédait d’eux-mêmes. Pauvres ils étaient certes, mais tant bien que mal, ils mangeaient et ils avaient ce qui est essentiel à l’être humain après la nourriture, la liberté et le respect de soi. Non seulement ils sont aujourd’hui privés de l’essentiel, mais ils sont devenus des sous-prolétariats urbains. En même temps, et ce n’est certes pas une consolation, se développe aux USA et dans certaines villes européennes, la formation d’un prolétariat de « riches » qui n’existait pas avant et que les crises financières ont fait descendre de la marche de la classe moyenne.
Après çà on s’étonne du succès de « Bienvenu chez les Ch’tis » ! Mais ce film passe le baume du respect de l’identité culturelle à tous ceux qui se sentent engloutis à tort ou à raison par une mondialisation aveugle, comment peut-on en être surpris… alors dans tout ce pataquès où les frontières bougent, où les riches redeviennent pauvres, où les très très riches perdent pied avec la réalité, où les dirigeants politiques sont à la merci d’acteurs financiers, où les pauvres vont piller les magasins, comme un vent de bouleversements profonds où peut se créer un nouveau mouvement mondial, celui de la défense des SIF (les Sans Identités Fixes), qui lorsqu’ils se rendront compte qu’ils n’ont plus rien à perdre, viendront frapper à la porte d’une nouvelle civilisation où on l’on retrouvera à nouveau la liberté et le respect de soi. (Amen… non là je me suis un peu emballée, mais bon)
Nos enfants en seront capables, soyons-en sûrs (là je rigole plus).
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